Février 2000

Histoire d'une Marianne

Jean-Louis Avril


Coiffée du traditionnel bonnet phrygien, l'effigie de notre célèbre top-modèle fait une entrée remarquée dans les mairies de France et de Navarre. Corse par son père, normande par sa mère, après avoir incarné Falbala au cinéma, en quelque sorte une Marianne gauloise avant la lettre, si chère au coeur d'Obélix, l'égérie préférée d'Yves St Laurent rejoint Brigitte Bardot, Catherine Deneuve et quelques autres déesses de la liberté sur les stèles de la République.

En ce même temps, une autre artiste, loin du tumulte, dans le secret de sa thébaïde blottie au coeur d'un petit village, peint sculpte et souvent poète, confie ses états d'âme dans l'affaitage de manuscrits transcrits sur des papiers précieux: "Je te parle de l'Art et de sa traversée obscure, l'Esprit et la main qui cherchent dans la mémoire renversée des raisons d'arriver au lendemain... dans un temps d'abondance en quelque sorte."

A l'occasion d'un passage à la fonderie Delval à Antony, elle apprend tout simplement par son mouleur, Monsieur Bertault qu'un concours est lancé pour réaliser la Marianne 2000. Il la persuade que tout cela est tout à fait dans ses cordes et qu'il lui faut absolument envoyer un dossier. Ce qu'elle fit et n'y pensa plus. Six mois plus tard, en octobre 1999, un appel : "Vous êtes sélectionnée ainsi que deux autres sculpteurs... rendez-vous à Paris dans quatre jours en présence de Laetitia Casta pour une séance de croquis et de photos".

Bien sûr, là-bas, très vite son appareil photo s'enraye ! Ce fut donc surtout pour elles l'occasion de lier connaissance. Ce qui fut facile pour toutes les deux.

Quatre nouveaux jours pour préparer le projet en fonction du cahier des charges et retour à la capitale où elle présente l'ébauche. Deux jours encore et on lui annoncera qu'elle est retenue et dispose de dix jours, pas un de plus pour réaliser la Marianne. L'atelier au calme habituellement, juste tempéré par les échos de la stéréo, devient un vrai hall de gare. Le travail en cours est stoppé siné dié, des équipes fébrilles investissent les lieux et installent leurs spots, reporters et photographes procèdent au "making of" ! Le point fort dans ce maelström est la venue de Laetitia pour une journée de pose.

MPDC: "Je suis habituée aux séances de pose mais j'ai été impressionnée par Laetitia. C'est le modèle idéal, très "pro", elle connaît parfaitement son image et sait d'emblée donner ce que vous recherchez. Elle est très patiente, drôle, naturelle et déterminée. Entre nous, il s'est tout de suite instauré une complicité de femmes et de professionnelles. Dans cette agitation plutôt rare alentour, ce fut en fait une journée très familiale (...)"

Un temps de respiration dans le programme qui s'est avéré précieux pour Marie-Paule et lui permit de faire le point à ce stade de la réalisation du buste. Partie sur une ressemblance trop hiératique, elle avait laissé de côté toute recherche d'inspiration personnelle et de création. Il fallait plus se servir de l'architecture de Laetitia, laisser afleurer sa douceur, sa légèreté, sa transparence naturelle afin de refléter "une société solidaire, ouverte, tolérante". (dixit l'association des maires de France)

Laetitia Casta quand à elle sait parfaitement ce qu'elle veut et ce qu'elle refuse obstinément. Par exemple, elle n'entend pas modiifer artificiellement son image, mais tient à conserver les quelques "défauts" ou particularités physiques qui font partie de ce que la nature lui a prodigué. Il n'est pas question pour elle de donner dans l'esthétisme lisse et cloné d'artificielles beautés plastiques ou "relookées" de partout. Elle sait qu'il lui faut rester ce qu'elle est vraiment. Ce sont certainement ces ondes fortes émanant de sa personnalité qui ont emporté le choix du plus grand nombre de nos édiles à son égard. Une approche des choses dans la recherhce d'une saine vérité, sensible chez beaucoup de jeunes aujourd'hui et qui miracle, se ferait jour... jusqu'en politique !

Quant à Deville-Chabrolle, son idée de la France évoque d'abord son enfance au Maroc. Une image idéalisée, rêvée et ponctuée par les vacances d'été en métropole: cathédrales, musées, vieux villages médiévaux, mouchoirs de Cholet, Champs-Elysées.... La France des livres scolaires, des lectures, des textes des grands romanciers, celle des récitations, une France cultivée, accueillante, maternelle.

MPDC: " J'ai pensé à ma mère, à une France admirable, courageuse et à ses valeurs. Une histoire de femmes aussi qui symbolisent la République sous les traits de nos filles. Aujourd'hui, elles savent et peuvent mieux décider d'elles-mêmes en toute simplicité. Le choix emblématique de Laetitia est là aussi, révélateur."

L'histoire de cette Marianne est aussi celle de cette influence réciproque, entre deux êtres et deux générations. Elles ont pour le moins en commun une chose essentielle, la conscience de ne jamais perdre leur âme. Cette Marianne, elles l'ont en quelque sorte façonnée un peu ensemble.

Le buste sera bientôt reproduit en plâtre. Une série limitée sera également coulée.(...) Une médaille sera prochainement éditée par l'hôtel des monnaies de Paris à partir de la Sculpture.

Chez Deville-Chabrolle, le calme reprend ses marques dans l'atelier. L'aventure se recentre maintenant sur sa création. Forger sa ligne de travail. L'approfondir jour après jour est un voyage intérieur entre sensuel et sacré. Un parcours marqué à l'empreinte des vivants et à celle d'un Absolu qui nous dépasse tous.

Dans cet épisode Marianne, Deville-Chabrolle a su projeter de Laetitia un regard décidé et crânement tourné vers l'horizon 2000.

 

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